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  • Crédits photos : Maureen Balourdet

Afterwork - Fakes News : le prix de l'incertitude

Fake News, le prix de l'incertitude : retour sur une soirée qui a fait réfléchir

Le 27 mai dernier, la commission communication du Medef Haute-Garonne organisait un after-work consacré à un sujet aussi vaste qu'urgent : les fake news. Une soirée animée par Arnauld Lutin, (strategic partner chez agence co-rco) et Alexandrine Pantz, avocate spécialisée en propriété intellectuelle et numérique (Légapôle Cabinet Pantz).

Une page blanche, un titre qui s'impose

Le défi était de taille : ne pas transformer un sujet aussi galvaudé que les fake news (au même titre que l'IA ou le changement climatique) en coquille vide. Le titre choisi donne le ton : Fake News, le prix de l'incertitude. Car au fond, tout est une question de coût : le coût de la vérification, le coût du recul qu'on ne prend plus, le coût des attaques à débunker, et le coût, parfois vertigineux, pour des entreprises injustement visées. La désinformation a un prix, et il est énorme.

Trois regards, une conviction

L'ambition affichée par les organisateurs était claire : pas de témoignage unique, pas de sensationnalisme, mais plusieurs points de vue complémentaires et surtout du fond. Trois intervenants aux expertises différentes se sont prêtés à l'exercice :

  • Eric Darras, Professeur et Directeur Général de Sciences Po Toulouse, dont le regard sociologique a permis de replacer les fake news dans une histoire plus longue, celle des bulles de confirmation, des biais d'autorité, et des mécanismes de circulation de l'information qui dépassent largement le seul cadre numérique ;
  • Nicolas Moscovici, Rédacteur en chef de La Dépêche, qui a partagé les coulisses du travail journalistique à l'heure où même le New York Times hésite à publier une photo faute de pouvoir en certifier l'authenticité ;
  • Baptiste Robert, fondateur de Predicta Lab, qui a détaillé les arcanes de l'OSINT (Open Source INTelligence) et les motivations, souvent économiques ou politiques, derrière la fabrication de fausses informations.

Un contexte qui donne le vertige

Pour planter le décor, quelques chiffres suffisent à mesurer l'ampleur du phénomène : un milliard de personnes interrogent chaque semaine ChatGPT pour s'informer, alors que 45% des réponses de ces chatbots contiennent au moins une erreur significative.

Pire encore, les principaux modèles d'IA générative (ChatGPT, Gemini, Grok) échouent à détecter une vidéo générée par IA dans plus de 80% des cas. Une statistique glaçante quand on sait que 28% des Français jugent ces mêmes outils fiables pour suivre l'actualité.

De la Commune de Paris à l'affaire Brigitte Macron

Les échanges ont rappelé une dimension historique : de l'histoire centenaire des photos détournées pendant la Commune de Paris jusqu'aux récentes affaires de désinformation ciblant des personnalités publiques, les fake news existent depuis des décennies et le « débunkage » aussi.

Les motivations derrière la création et la propagation de fausses informations ont été passées au crible : l'appât du gain publicitaire, la déstabilisation politique, la haine idéologique instrumentalisée par une esthétique soignée grâce à l'IA, mais aussi des motivations économiques sournoises comme le dénigrement concurrentiel, l’atteinte à la réputation, ou la déstabilisation auprès d'investisseurs ou de clients.

Les intervenants ont également évoqué les conséquences concrètes pour les entreprises confrontées à des attaques ad nominem, ainsi que les recours juridiques disponibles, et la limite du droit actuel, face à une fake news caractérisée.

Une seule certitude : le temps est notre meilleure arme

S'il y a une conclusion à tirer de cette soirée, c'est que la désinformation a bien un prix : celui du temps qu'il faut impérativement s'accorder face à une information, avant de la relayer, avant d'y croire. Cette capacité à douter, à vérifier, à prendre du recul, est précisément ce qui distingue l'humain de la machine.

Comme l'écrivait récemment un journaliste du Monde, nous vivons dans "le monde du frai et du vraux". Dans cet univers hybride où le vrai et le faux se confondent dangereusement, la lucidité reste, plus que jamais, le seul luxe qu'aucune intelligence artificielle ne pourra jamais générer à notre place.